04 novembre 2006

Les mains sales

Tante M a eu le mauvais goût de mourir inopinément.

Non que je considère que l'on doive, en ce cas, envoyer un carton. Mais ce qu'elle laisse derrière elle sent davantage la poudre que le sapin.

Tante M avait des sous. Et pas de descendance.

Inutile de dire, donc, que là où, d'habitude, on entend pleurer, on a plutôt entendu compter.

Le seul qui pleure, c'est son compagnon.

Normal : comme dit l'adage, il ne lui reste plus que ses yeux pour.

Parce que, comme pour un tas de bonnes raisons, ils ne s'étaient jamais mariés.

Et que comme elle est entrée en clinique pour ne plus en sortir, elle n'a pas eu le temps de régler ses affaires.

Donc il perd non seulement sa compagne, mais aussi bientôt son logement et sans doute au moins la moitié de ses meubles (j'espère qu'au moins, la TV est à lui...). Sa vie, quoi. Le monde se dérobe sous ses pieds à un âge où l'on n'aspire plus qu'au calme et à la sérénité. Moche.

Faut dire qu'il cumule : en plus, il est "pas d'ici".

Alors évidemment, ça a donné lieu à un tas de commentaires racistes et xénophobes, expression primaire de la bêtise humaine nourrie à la jalousie, la cupidité et l'envie.

Cet homme, présent dans la famille depuis 30 ans, est redevenu "L'Etranger". Alors on ne fait rien, on ne se mêle pas de ça, hein, si Elle n'a rien prévu pour lui, eh bien tant pis. Il n'est pas "de la famille". Pas plus d'ailleurs que ma mère qui s'est insurgée devant pareille attitude et à qui on a signifié clairement qu'elle ne faisait pas partie de la meute. Une autre tante a même eu la grossièreté sans nom de dire au malheureux que "pour l'enterrement, il faisait comme il voulait, et même une cérémonie musulmane s'il le désirait". Propos d'autant plus déplacés qu'il est laïque convaincu. Mais un moment de honte est vite passé pour une obscurantiste qui s'ignore, jamais sortie de son village, et à qui l'immensité de la connerie des paroles qu'elles à proférées a dû échapper...

Toute cette mascarade est d'autant plus ridicule que les héritiers présumés sont tous d'un âge certain et mourront bien avant d'avoir pu tout dépenser. Et que le grand gagnant de l'histoire sera l'Etat, vu le degré de parenté et le pourcentage de retenue y afférant.

D'une naïveté confondante dans ce genre de situation, je suis restée sur le fesses. Avec le recul, je me demande pourquoi je m'étonne. L'humanité est vile.

Nous fumes 3 à tomber sur notre séant, mon père, ma mère et moi. A ne pas comprendre qu'on puisse sans scrupules jeter un homme âgé à la rue du jour au lendemain par vénalité.

Tour à tour, on a pris notre téléphone et de ses nouvelles. Nous fumes les seuls. Et j'ai été nulle, impuissante devant les sanglots d'un homme brisé, trop touchée et émue pour dire quoi que ce soit d'intelligent. Ma blonditude me pèse, parfois.

On s'est aussi un peu renseigné pour lui, mais la machine étatique est implacable et il n'est de salut pour qui n'est pas marié et n'a pas prévu de documents légaux.

Je me prends à rêver qu'elle appartenait à un mouvement idéologico-religieux et qu'elle lui ai fait don de tout, histoire que les vautours se mordent la queue.

Posté par Hariane à 10:06 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Les mains sales

    Mouais...

    Plutôt d'accord avec ton analyse... C'est vraiment consternant !
    Sur un truc comme ça, on devrait pouvoir coller une "faute grave" sur les héritiers pour les spoilier de leur héritage et toc !

    Posté par Cityzen, 07 novembre 2006 à 11:08 | | Répondre
Nouveau commentaire